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Berenson au Quai Branly

Le robot Berenson est à nouveau présent au Musée du Quai Branly du 21 au 25 septembre 2015.

Cette expérience a fait l'objet d'un article dans le journal "Le Monde" (30 septembre 2015).


Les Musées contemporains offrent un contexte institutionnel privilégié, permettant aux visiteurs d'aiguiser leur perception de manière très spécifique. Ces derniers sont incités à apprécier les artefacts qui leur sont présentés sans qu’aucune contrainte forte - en particulier, sur le plan fonctionnel - ne pèse sur eux, et ne vienne automatiquement dicter leurs réactions vis-à-vis de ces derniers. Libres à eux, en particulier, de s’intéresser à ce que l'objet représente intimement pour eux ou à se concentrer plutôt sur ce que ce même objet représente aux yeux de ses créateurs et de ceux à qui il était initialement destiné. Libres aussi, à eux, au delà des conditionnements socio-culturels ou muséographiques qui pèsent sur eux, de privilégier certains objets ou d’en ignorer d’autres. Libres à eux encore, quand ils contemplent un objet, d’en isoler certains traits saillants.

Ces hypothèses pourrait être mises en évidence et testées par le biais d’expérimentations robotique, où nous utiliserons notre robot mobile Berenson en tant que médiateur culturelle afin qu’il nous renseigne sur les préférences ‘esthétiques’ des visiteurs. Nous voudrions utiliser Berenson pour interroger maintenant non seulement la nature des conduites esthétiques telles qu’on peut les observer dans des Musées mais, aussi plus généralement, certaines des fonctions essentielles que l’apprentissage du jugement esthétique joue, à notre sens, dans nos sociétés. S’il est vrai, que de nombreuses réflexions ont déjà été menées sur le rôle que jouent les Musées non seulement en termes d’enrichissement personnel sur le plan culturel et esthétique, mais aussi, par exemple, sur les enjeux qui leur sont liés dans une perspective mémorielle, patrimoniale identitaire ou idéologique, beaucoup reste à faire pour mieux comprendre le rôle que les conduites esthétiques jouent aussi, selon nous, au niveau le plus fondamental, en termes d’apprentissage plus spécifiquement cognitif.

L’hypothèse centrale est que l’expérience esthétique incite chacun à percevoir et à apprécier des objets de différents points de vue sur un plan cognitif. En particuliers, La fréquentation des musées offrent un contexte privilégié d’apprentissage. L’esthétique peut être vue comme technique d’apprentissage intensif permettant la différenciation des perceptions. Cet avantage cognitif pourrait être mise en évidence indirectement par le biais d’expérimentations robotique.
Nous avons déjà pu montrer dans nos précédents travaux que le robot Berenson pouvait développer les prémices d'un sens esthétique en exploitant le principe de la référentiation sociale. Berenson peut apprendre sous la supervision d'un humain à associer une œuvre à une valence positive vers laquelle il se dirige en souriant ; ou, au contraire, à l’associer à une valence négative, qui l’incitera à s’en éloigner, en faisant la moue. Berenson développe une forme «d'esthétique artificielle » par le biais d’un apprentissage du «goût des autres».

Dans ces expériences robotiques, nous voudrions montrer que Berenson peut être un outil de médiation permettant de: (1) interroger les visiteurs sur leurs préférences vis à vis des oeuvres qu’ils rencontrent dans le musée. Autrement dit, le robot est un moyen d’analyser les préférences des visiteurs; (2) certaines fonctions cognitives que l’apprentissage du jugement esthétique joue dans nos sociétés; (3) l’intérêt des humains vis à vis d’un dispositif robotique. Nous insisterons sur l’importance d’avoir un robot expressif dont les expressions émotionnelles, lorsqu’elles sont bien corrélées à celles visiteurs, seront un excellent moyen de communication.

Contact :

Ce travail est soutenu par la Fondation des sciences du patrimoine, dans le cadre des thèses de doctorat d'Ali Karaouzene et Aliaa Moualla.

Pour plus d'informations : Sofiane Boucenna, sofiane.boucenna@u-cergy.fr

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